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La forêt a besoin de vous!

© Régine Cavallaro

Installée dans le magnifique Parc naturel du Morvan depuis un an, l’ex-Parisienne que je suis n’en finit toujours pas de s’extasier devant les superbes paysages morvandiaux faits de bocages, de lacs, de collines et de forêts, devant son ciel spectaculairement étoilé (si étoilé qu’il pourrait bien décrocher le rare et prestigieux label « Réserve internationale de ciel étoilé ») ou encore de s’époumoner, ô luxe suprême, à respirer son air frais et pur. Ce que j’aime par-dessus tout, ce sont mes longues balades en forêt en compagnie de mes chiennes. Et la forêt morvandelle est riche et vaste : Pas moins de 122 000 hectares de feuillus et de résineux. Au XIXe siècle, c’est elle qui alimentait Paris en bois de chauffage.

© Régine Cavallaro

Mais voilà ! Il y a une ombre à ce tableau idyllique : l’exploitation industrielle de la forêt. Encore une fois, l’ex-citadine naïve que je suis découvre qu’en réalité les vastes étendues de pins ou d’épicéas que je traverse ne sont pas des forêts, mais des plantations. Et qui dit plantations dit aussi produits phytosanitaires et autres joyeusetés du genre. Vous croyez vous promener dans les bois et prendre un bon bol d’oxygène. Erreur ! Vous respirez un air probablement chargé, pour ne pas dire pollué. Vous n’entendez que le bruit de vos pas sur le chemin, car rien ne vit dans ces plantations. Pas un seul petit chant d’oiseau. Pas de danger non plus de croiser un sanglier. Biodiversité zéro. Rien que d’immenses pins qui n’auront pas la chance de dépasser quarante ans d’existence.

© Régine Cavallaro

Mais le pire, c’est lorsqu’au détour d’un chemin, vous tombez sur une coupe rase, aussi appelée coupe à blanc : une parcelle boisée entièrement rasée, ou plutôt massacrée non pas à la tronçonneuse, mais à l’abatteuse, un engin monstrueux qui coupe, ébranche et débite un arbre entier en moins d’une minute. Après son passage, il ne reste plus rien qu’un immense champ de guerre et de désolation, des souches arrachées et abandonnées ça et là, un sol totalement ravagé, tassé, écrasé, rendu stérile. Si stérile qu’il faudra justement avoir recours à quantités d’engrais chimiques pour lui redonner un semblant de vie et pouvoir y faire pousser à nouveau des arbres. Tout ceci est parfaitement expliqué dans les documentaires Le Temps des forêts réalisé par François–Xavier Drouet ou La forêt est à nous d’Anne Faisandier ou encore dans le livre Main basse sur nos forêts écrit par Gaspard d’Allens (éd. du Seuil). Je me souviens parfaitement de la première fois où j’ai découvert une des ces coupes rases. Un véritable choc. Là où je m’attendais à retrouver une jolie forêt toute en chênes, en hêtres et en frênes, je ne voyais qu’une terre saccagée et éventrée. J’en ai pleuré…

Heureusement, la résistance s’organise. Depuis quelque temps déjà, plusieurs associations alertent sur les dangers de l’exploitation industrielle et productiviste de la forêt et militent pour l’interdiction des coupes rases : Adret Morvan, SOS Forêt France ou Canopée pour en citer quelques-unes. D’autres, comme le Groupement forestier du Chat sauvage, se regroupent pour acheter en collectif des parcelles de forêts et empêcher ainsi leur enrésinement. Les agents de l’ONF, l’organisme censé préserver les forêts domaniales, notre patrimoine à tous, tentent de se rebeller contre les opérations de privatisation et de démantèlement menées à la fois par leur direction et le gouvernement. Certains médias comme Reporterre consacrent des dossiers au sujet.

© Régine Cavallaro

À l’heure du réchauffement climatique, alors que nous sommes d’ores et déjà confrontés aux catastrophes qu’il provoque, nous avons plus que jamais besoin de la forêt pour l’eau et l’oxygène qu’elle génère, le carbone qu’elle neutralise, le sentiment de bien-être qu’elle nous procure, sans oublier la beauté et la poésie qui s’en dégagent. Alors signez les pétitions, interpellez vos députés, soutenez les associations, militez ! De grâce, sauvons la forêt tant qu’il en est encore temps !

© Régine Cavallaro